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« Un présent définitif »

In Contributions on 30/04/2011 at 14:47

Pour Repensons le Présent l’artiste Fred Forest a décidé de réveiller un vieux désir : celui d’arrêter le temps. Il l’a effectivement arrêté en 1998, et pas pendant une seconde ou une minute, mais pendant une heure ! Et pourquoi arrêter le temps me direz-vous ? Pour goûter à l’éternité ? Pour nager dans l’infini ? Pour ne plus avoir peur ? Non, pour réfléchir. Et oui, cet élan artistique porté par un dispositif mondial, nous a permis de nous exprimer et de réfléchir ensemble au devenir de notre société, à nos attentes pour le nouveau millénaire qui arrivait, et à cette société d’information et de communication tant idéalisée à l’époque.

C’est au nom de cette réflexion décalée sonnant comme un acte militant pour un « présent définitif « , que nous publierons les cinq Chroniques terriennes de Fred Forest sur lesquelles nous portons un regard rétrospectif…Il y a 13 ans, j’ai voulu arrêter le temps….

L’ARRETEUR DE TEMPS

Pionnier de l’art vidéo, de l’art des médias et des réseaux, Fred Forest, né en 1933, initie dans les années 70 le concept d’art sociologique, puis dans les années 80 celui d’esthétique de la communication. L’ensemble des dispositifs ou des méthodes d’intervention sur le social constitue son terrain de recherches. La dimension éthique et esthétique se rejoignent pour placer l’humain au cœur de sa démarche notamment par l’implication de divers publics dans ses actions. Sa pratique est celle d’actions interférant dans les systèmes de communication. La question de la mémoire est omniprésente. (Source, le Centre d’art le LAIT)

EN COURS

Fred Forest prépare actuellement une action en collaboration avec le LAIT (Laboratoire Artistique International du Tarn), « Flux et reflux : la caverne d’internet ». Pour cela, nous dit le LAIT,  il élabore un gigantesque réseau mondial, dont les participants virtuels et réels donnent forme à l’exposition, connexion par connexion. L’artiste a pensé son projet comme un scénario dont les acteurs participants réalisent le film en le renouvelant constamment. Cette création collective est une métaphore d’une dynamique démocratique. Un cheminement à l’image d’une plongée initiatique dans le ventre d’une société caractérisée par l’information. L’exposition aura lieu du vendredi 1er juillet 2011 au dimanche 30 octobre 2011.

Pour retrouver toutes ses créations : http://www.fredforest.org/

Et pour une visite du musée interactif, Web net museum dont il est le fondateur: http://www.webnetmuseum.org/

L’objectivité du présent

In Contributions on 22/04/2011 at 09:54

Loin des pensées classiques et dominantes en Europe sur le présent, le philosophe Francis Wolff défend la thèse selon laquelle le présent serait un concept objectif. Sans pour autant se définir comme présentiste, il use d’arguments sémantiques et logiques pour s’éloigner à la fois des approches relativistes du temps, et de celles qui subordonnent le présent à la conscience.

Il sera possible de retrouver l’ensemble de ses arguments sur le présent dans un numéro spécial de la Revue de Métaphysique et de Morale qu’il dirige actuellement.

                                                                                                     Contrat Creative Commons
Repensons le présent – Entretien avec Francis Wolff de Céline Ruffin-Bayardin est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 Unported.

« Restauration Totale »

In Contributions on 09/04/2011 at 14:50

La première contribution au projet « Repensons le présent » nous vient des artistes Louise Hervé et Chloé Maillet. Elles nous offrent un extrait de leur émission,  Restauration Totale, qui sera diffusée le dimanche 10 avril à 23h à L’ Atelier de Création radiophonique de France Culture.

ELLES

Nées en 1981, Louise Hervé et Chloé Maillet travaillent ensemble à Paris depuis 2000. À travers l’I.I.I.I ( International Institute for Important Items ), association créée en 2001, elles produisent des performances didactiques, des films de genre (et tout spécialement de science-fiction) et des installations.

Restauration totale a été conçue dans le cadre de l’exposition collective Eldoradio, qui a lieu du 6 avril au 21 mai à Bétonsalon, centre d’art et de recherche à Paris.

L’ÉMISSION

Dans un futur indéterminé, les difficultés inhérentes à la conservation d’émissions de radio stockées sur des supports obsolètes ont conduit à l’élaboration d’une méthode radicale de restauration : Restauration totale. Les archives sonores sont réenregistrées à l’identique par des voix synthétiques maladroites, toujours les mêmes, qui tentent d’en reproduire les moindres détails. Un réalisateur, Francis Neville, et un ingénieur du son, Daniel Verney, isolés dans un studio de radio improvisé, enregistrent des émissions didactiques. Ils survivent, mais la captation continue d’archives réenregistrées absorbe la substance même de leur existence.

L’EXTRAIT

Séquence 4 –STUDIO RADIO

Jingle.

FRANCIS NEVILLE

Bonjour, ici Francis Neville, pour le deuxième volet de notre émission consacrée à Restauration totale. Daniel Verney nous accompagnera tout au long de cette séance.

DANIEL VERNEY

Bonjour.

FRANCIS NEVILLE

Il faut que je vous parle du dispositif le plus révolutionnaire qui ait été élaboré ces dernières années dans nos studios : MONA. C’est MONA qui prend en charge l’ensemble du programme de Restauration totale, depuis l’inventaire et le diagnostic des archives, jusqu’à la création des nouveaux fichiers imités. MONA a la spécificité d’être à la fois artisanale, et complètement transparente sur la véracité des archives restaurées.

DANIEL VERNEY

Cette question de la transparence est importante. Pardon de t’interrompre Francis, mais cela soulève des enjeux historiques essentiels, sur lesquels il convient peut-être de revenir.

MONA procède à des restaurations par imitation. Parce que restaurer, c’est reconstituer, mais reconstituer en laissant apparentes les lacunes induites par la dégradation des supports, et on sait combien elle est importante.

Et je crois que c’est justement cela qui fait défaut, à un niveau ou à un autre, aux programmes de restauration actuels. C’est très grave.

Pause.

Il reprend avec un ton sentencieux.

Comme le disait John Ruskin, le fameux historien et théoricien de l’art du XIXème siècle, dans les Sept lampes de l’architecture : « It is impossible as impossible as to raise the dead to restore anything that has ever been great or beautiful », « Il est impossible, comme il est impossible de réveiller les morts, de restaurer ce qui a autrefois été grand, ou beau ».

Pause

Et nous ne voulons pas d’une restauration de morts-vivants.

Pause.

Daniel Verney commence à chanter d’une voix sombre.

DANIEL VERNEY, chanté

In the western sky
My kingdom come

So still so dark all over Europe
And I ride down the highway 101
By the side of the ocean headed for sunset
For the kingdom come
for the

Black
Black planet
Black
Black world

Run around in the radiation
Run around in the acid rain
On a
Black
Black planet
Black planet hanging over the highway
Out of my mind’s eye
Out of the memory
Black world out of my mind

So still so dark all over Europe
And the rainbow rises here
In the western sky
The kill to show for
At the end of the great white pier
I see a

Black
Black planet
Black
Black world

Brouillage. Voix indistinctes. Bip.

FRANCIS NEVILLE

Non, bien sûr. MONA, c’est d’ailleurs l’archive vivante, à proprement parler….

Pause.

Pour l’expliquer simplement à nos auditeurs, on peut dire que MONA rejoue en vrai le passé, tout en lui gardant une qualité un peu brute, un peu artisanale. Je simplifie, le procédé est très complexe.

Pause.

Ce processus nécessite une équipe humaine assez réduite, qui est surtout là pour vérifier que tout se passe bien. Mais comme tout se passe toujours très bien, il y a besoin de peu de monde, et il y en aura peut-être de moins en moins besoin. Mais en un sens, comme il y a de toute façon moins de monde en général, l’inconvénient est assez négligeable.

DANIEL verney

Je suis d’accord avec toi Francis. Cependant, je me demande si MONA, en produisant des moments vrais dans le passé, n’est pas en train de présentifier démesurément l’archive. Et dans le même mouvement, ceci aboutirait à une obsolescence du présent. En même temps tu sais combien j’ai œuvré à l’élaboration de MONA, et je suis fier de ce qu’elle accomplit. Je me demande juste si certains défauts propres aux systèmes de restauration ne pourraient pas avoir des conséquences dans l’avenir.

FRANCIS NEVILLE

Oui, Daniel, mais je crois qu’il vaut mieux aborder le sujet des problèmes d’allergies dans la prochaine émission.

Jingle.