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Phénix en effervescence

In Contributions, Segments on 06/02/2012 at 21:06

Je tenais absolument à rencontrer Patrick Chamoiseau, que ça soit à Paris ou en Martinique. Il se trouve que cela s’est fait en Martinique, à Saint-Pierre, dans un décor qui porte encore les cicatrices d’une brûlure historique.

Car il y a 110 ans, Saint-Pierre, capitale culturelle, politique et commerciale de l’île, celle qui vibrait sous le rythme effréné des arrivées des navires du monde entier, des représentations théâtrales, de la mode, de la presse, celle que l’on appelait le « Paris des Isles » cessa d’être. Il a suffit d’une poignée d’instants pour que les caprices du volcan de la montagne Pelée imposent le silence à près de 30 000 personnes.

Détrônée de son statut de capitale par Fort-de-France, Saint-Pierre s’est endormie, blessée, et mélancolique.

Mais aujourd’hui, on assiste à l’émergence d’une nouvelle effervescence. Une effervescence créatrice, intellectuelle, qui a pour but d’insuffler un nouveau dynamisme à toute une population, à toute une région. Aux commandes de cette réanimation urbano-philosophique, il y a un écrivain, Patrick Chamoiseau (Prix Goncourt 1992).

L’espoir d’un Saint-Pierre phénix attire et séduit urbanistes, artistes, ingénieurs, politiques et philosophes. Mais comment faire de Saint-Pierre un nouveau pôle attractif ? Cette « métamorphose » pour reprendre le terme d’Egdar Morin, qui est l’un des invités au projet le « Grand Saint-Pierre », ne peut se faire unilatéralement. Elle doit être pluri, inter et intra, avec toujours au centre la population elle-même, c’est-à-dire l’humain.

 

C’est donc, dans cette ville d’Art et d’Histoire que j’ai rencontré Patrick Chamoiseau. Je voulais revenir avec lui, sur des notions qui lui sont chères, à savoir « l’identité-relation », la complexité, et l’ « oraliture ». Cela pour une simple raison, qui est que les problèmes qui se cachent derrière ces notions sont aussi ceux que l’on retrouve en philosophie du temps. C’est le cas du problème de la caractérisation de l’être dans et par la relation : peut-on caractériser le présent dans un système relationnel ? En quoi le présent est-il spécial ? Ce qui renvoie à la question de la réalité du présent : s’il y a effectivement une différence objective entre passé, présent, et futur, quel élément réel me permet d’affirmer qu’il s’agit véritablement du présent ? Et enfin, peut-on exprimer philosophiquement ou physiquement cette différence réelle ?

Nous reviendrons dans un prochain article sur ces questions, et sur les analogies qui existent entre le problème du présent en philosophie et le problème de l’identité tel qu’il se pose dans le débat politique actuel. Mais pour l’instant, voici la vidéo de ma rencontre avec Patrick Chamoiseau, sous le soleil imposant mais courtois de Saint-Pierre :

 

 

Licence Creative Commons
Rencontre avec Patrick Chamoiseau de Céline Ruffin-Bayardin est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.

Des frontières invisibles

In Contributions on 19/12/2011 at 21:00

Rien ne présageait cette rencontre. Certes l’évènement, « Les portes ouvertes des ateliers d’artistes d’Anvers aux Abbesses »,  est en lui-même une invitation à l’Autre, une invitation qui pas à pas nous conduit dans des espaces où l’imaginaire se  réalise, et où la création s’actualise. Mais j’étais avant tout partie pour agiter quelques un de mes sens…

Ainsi, une carte à la main, j’arpentais ces étroites rues parisiennes, et j’affrontais le froid prétentieux de l’automne. Heureusement ma curiosité et mon désir d’émerveillement me réchauffaient, et me transportaient d’un atelier à l’autre, d’un monde à l’autre. Cette escapade dans les cavernes intimes parsemées entre Anvers et les Abbesses,  prit une autre tournure quand j’entrai dans l’atelier d’Isabelle Dubosc.

"Schwitters / Picasso" - © Isabelle Dubosc / http://www.isabelle-dubosc.com

Cette rencontre hasardeuse qui se trouve être des retrouvailles bien agréables, nous amène à discuter du présent. Sous le regard des toiles intrigantes de cette artiste et docteur en psychanalyse, la discussion s’envole. Il me faut alors absolument capturer et partager ces mots qui s’éparpillent ! Nous parlons de la perception du présent, de la relation entre présent et réalité,  de la nouveauté, du temps de la création, de la déformation de la réalité et du présent chez le malade mental, de la confusion entre l’imaginaire et le réel…

C’est selon le bon vouloir de ma caméra que j’ai réussi à capter quelques moments de cet entretien informel, qui a d’ailleurs occasionné une deuxième rencontre quelques jours plus tard, afin d’approfondir un peu plus certains points.

Voici un aperçu* de l’espace-temps énigmatique de cette femme :

Le meilleur moyen de découvrir le travail, les motivations, et l’univers d’Isabelle Dubosc est d’aller voir son atelier, avenue Trudaine dans le 9ème. Et pour les plus curieux désireux de connaitre l’autre  facette de cette artiste, il est possible de lire sa thèse sur Le « magico–religieux » et la psychose.

Les questions sur les limites, les frontières, et le moment du  passage d’un coté à l’autre,  semblent être au cœur de son travail artistique et universitaire.

Licence Creative Commons
*Rencontre avec Isabelle Dubosc de Céline Ruffin-Bayardin est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.
Basé(e) sur une oeuvre à www.youtube.com.

« Les Chroniques terriennes du temps de l’internet » : Chronique V

In Contributions on 12/06/2011 at 13:29

Voici la dernière des cinq « Chroniques terriennes du temps de l’internet » de Fred Forest

« Chronique V du temps qui va s’arrêter.

Cette chronique sera bientôt disponible …

»

A lire aussi :

« Un présent définitif »

« Les Chroniques terriennes du temps de l’internet » : Chronique I

« Les Chroniques terriennes du temps de l’internet » : Chronique II

« Les Chroniques terriennes du temps de l’internet » : Chronique III

« Les Chroniques terriennes du temps de l’internet » : Chronique IV

« Les Chroniques terriennes du temps de l’internet » : Chronique IV

In Contributions on 05/06/2011 at 11:26

Suite des  « Chroniques terriennes du temps de l’internet » de Fred Forest

« Chronique IV du temps qui va s’arrêter.

Article 1

Air de rien, d’une semaine à l’autre, le temps passe et la date que nous avons choisie pour arrêter le temps se rapproche irrémédiablement. Après avoir essayé d’expliquer pourquoi j’ai décidé d’arrêter le temps il faut maintenant que je me mette à penser sérieusement et savoir comment je vais m’y prendre ? C’est pas le tout de multiplier les effets d’annonce, comme le font les politiques avant les élections, Il y a un moment où il faut bien relever ses manches et tenir ses promesses. Qu’on se le dise !

Article 2

Il est temps de commencer à se poser la question de savoir comment on va s’y prendre. Pour arrêter le temps , comme on n’a pas de mode d’emploi à appliquer, vu que c’est la première fois qu’on va tenter l’expérience, on ne sait pas trop a priori comment s’y prendre. Il nous faut, en tout état de cause, commencer par élaborer un plan de campagne solide et tester plusieurs méthodes en ayant recours aux techniques de simulation. Comme nous l’avons déjà dit à plusieurs reprises un ordinateur &laqno; c’est bête et pas forcément discipliné ». Un ordinateur de la première génération ne se contente de faire que ce qu’on lui a appris. On peut bien sûr mettre dans le coup ( c’est ce que nous allons tenter de faire…) des ordinateurs plus récents de la seconde et troisième génération, mais gare aux conflits de génération qui peuvent s’en suivre… Imaginez qu’au moment où le temps doit s’arrêter les uns tirent d’un côté et les autres de l’autre ? Donc règle d’or, du doigté, de la méthode, de la patience. Qu’on se le dise !

Article 3

La théorie : L’ordinateur (on ne sait pas pourquoi, mais c’est sûr ), doit avoir un rôle spécifique dans l’obtention du résultat que nous recherchons. Ce rôle n’exclut aucunement l’utilisation conjointe d’outils plus archaïques et fondamentaux comme la faucille et le marteau, et beaucoup d’autres encore dont la liste et pratiquement inépuisable.

Le choix de certains de ces objets peut s’avérer incongru aux yeux de quelques internautes non avertis, adeptes du tout high-tech. Il faut prendre la précaution de préciser ici que l’interêt de leur utilisation relève uniquement dans notre esprit de leur intégration et hybridation dans des systémes tout à fait inédits et originaux dont les effets transcendent radicalement les fonctions basiques pour lesquels nous les utilisons d’ordinaire.

Article 4

La pratique : pour illustrer par un exemple la théorie avancée dans l’article 4 qui précéde : prenons celui de la brosse à dents. Son usage premier, comme son nom l’indique, consiste à entretenir l’hygiéne de la cavité bucale. Néanmoins cet usage, sans contre indication médicale impérative, peut s’élargir non seulement à d’autres soins corporels mais aussi à des taches domestiques pour lesquels la brosse à dents n’a pas été conçu à l’origine. Mais ce sur quoi nous voulons mettre le doigt c’est qu’une brosse à dent relier en un systéme électro-mécanique astucieux, connectant à la fois avec des capteurs sensitifs et des turbines maré-motrices peut avoir un effet notable sur la reproduction des vivipares. Et, à ce moment là, la brosse à dent est devenue, effectivement, autre chose… qu’un brosse à dents. C Q F D !

Article 5

Nous sommes donc en situation de devoir inventer notre machine à arrêter le temps ( et non pas à le remonter, comme s’y sont attelés certains… avec le succès que l’on connaît ). Nos travaux, les plans que nous avons déjà finalisés, avant de lancer notre affaire pour le jour du printemps, sont classés bien entendu top secret-défense. Nous savons que la concurrence ( qui n’est pas toujours  » loyale « , hélas… ) a essayé à plusieurs reprises, notamment en tentant de soudoyer le doyen de notre université, de s’emparer de la partie inférieure de l’appareil. Sans succès fort heureusement. Pourquoi la partie inférieure me diriez-vous ? Je dois avouer que nous n’en savons strictement rien malgré l’enquête qui a été confiée à la gendarmerie des Alpes-Maritimes. Et c’est bien cela, précisément, qui nourrit nos inquiétudes. Nous avons donc redoublé de vigilance et multiplié par dix les mesures de sécurité qui concerne la partie inféreure du dispositif qui se compose essentiellement de quatres roues non-motrices comme sur les caddies de super-marché. Nous vous tiendrons au courant de nos investigations. Qu’on se le dise !

Article 6

La partie supérieure de la machine se compose d’un ensemble de composants électroniques organisés temporellement selon un ordre géométrique inverse au carré de l’hypoténus. Les différentes parties rendues solidaires par des courroies amovibles permettent en quelques secondes d’en démonter le systéme qui ne ressemble plus à rien d’autre, alors, qu’à des objets les plus banals. Seul le systéme en phase ( l’esprit de système) fait sens et active les fonctions recherchés qui n’existent pas sans lui parce que 1 + 1 ne fait pas 2, mais 3.

Article 7

Le dispositif d’arrêt du temps que nous avons élaboré et mis au point est tout compte fait une machine relativement simple si ce n’était les facteurs d’impondérabilité qui entrent dans ses paramètres d’indeterminabilité chaotiques conformément à la théorie des fractales. Et sur ce point, au moins, ce n’est ni Derrida a priori, ni Julia a fortiori qui sont en position de me contredire. Qu’on se le dise !

Article 8

Par contre nous sommes bien obligés d’admettre que l’appareillage coûteux que nous allons utiliser ne présente aucune garantie en ce qui concerne le résultat qu’il va produire concrétement. Là c’est le brouillard le plus total. Comment prévoir à l’avance un résultat pour une situation que nul n’a jamais pu expérimenter antérieurement dans toute l’histoire des espéces animales dont nous sommes partie intégrante, quoiqu’on s’imagine et quelques soient nos illusions à ce sujet ? D’ailleurs les souris et les puces, elle-mêmes, de nos ordinateurs n’essayent nullement de dissimuler leur appartenance. Revenons à la fiabilité de notre invention. Nous avons pour seule excuse le fait que nous n’avons aucune possibilité ( et pour cause… ) d’effectuer des essais avant sa mise en oeuvre le 20 mars 1998, le jour du printemps. On verra bien ce qui se passera. Qu’on se le dise !

Article 9

Pour des raisons qui nous appartiennent, nous avons voulu pour des raisons professionnelles d’échanges scientifiques et de bons procédés en usage dans la communauté de la recherche, communiquer, et faire partager, le fruit de nos recherches aux Américains de Digital Equipment installés en France. Le Directeur Général du marketing que nous avons approché ( un homme fort sympathique au demeurant et français de surcroît…) était pleinement d’accord, le service de communication par contre n’a rien voulu savoir. Va comprendre quelque chose Gaston . Qu’on se le dise !

Article 10

Demain il sera trop tard. »

A lire aussi :

« Un présent définitif »

« Les Chroniques terriennes du temps de l’internet » : Chronique I

« Les Chroniques terriennes du temps de l’internet » : Chronique II

« Les Chroniques terriennes du temps de l’internet » : Chronique III

« Les Chroniques terriennes du temps de l’internet » : Chronique III

In Contributions on 29/05/2011 at 13:02

Suite des « Chroniques terriennes du temps de l’internet » de Fred Forest

« Chronique III du temps qui va s’arrêter.

Article 1

Le temps va s’arrêter. Le temps va s’arrêter le jour du printemps avec ou sans flon-flon. Nous récusons les prédictions millénaristes qui voient dans l’an 2000 les pires catastrophes, voire la fin du monde. Nous arrêterons le temps non pas pour précipiter la fin cataclysmique des temps mais pour s’asseoir, tout simplement, sur le bord du chemin et pour nous demander avant d’avancer plus loin:

-Premièrement ce que nous voulons pour notre vie demain dans le troisième millénaire

-Deuxièmement, et surtout, quel est au niveau individuel et au niveau collectif notre marge de manoeuvre pour agir ?

Article 2

Bien sûr ça donne toujours un petit frisson de savoir que le temps va s’arrêter.

Va s’arrêter pendant 24 heures avant de reprendre sa marche pour l’éternité. Surtout quand c’est la première fois qu’on tente une telle expérience.

On se dit : &laqno; et si on arrivait pas à le remettre en marche en jouant ainsi aux apprentis sorciers ? » Un peu comme le soir quand on s’endort et qu’on se demande : &laqno; et si jamais on ne se réveille jamais ? » Mais finalement il est des situations où l’on est obligé de faire quelque chose, car si on ne fait rien ça devient pire encore. A nous maintenant de calculer les risques, de prendre un minimum de précautions en vue de cet événement. Et nous allons le faire ensemble ici.

Article 3

&laqno; Lorsque l’Agneau ouvrit le sixième sceau, il se fit un grand tremblement de terre. Le soleil devint noir comme un sac de crin, la lune toute entière devint comme du sang, les étoiles du ciel tombèrent sur la terre comme un figuier précipite ses fruits encore verts quand il est secoué par un grand vent. » C’est tout au moins ainsi que s’exprime saint-Jean l’Evangéliste dans son Apocalypse qu’il rédige dans sa retraite à Patmos.

Article 4

Les prédictions les plus funestes sont pléthores , si par malheur elles se réalisent, plus personne ne sera plus là pour constater qu’elles étaient, justes puisque tout le monde aura disparu Si par chance elles sont fausses, tout le monde sera là pour oublier qu’elles étaient fausses! Dans le ciel il y a aussi pour nous sous forme d’espoir autre chose que des lunes rouges et des sacs de crin. Nous vivons aujourd’hui entre la constellation des Poissons et celle du Verseau. L’ére du Verseau, c’est le &laqno; New Age » une nouvelle ére qui devrait tout droit nous mener, notre portable sous le bras, à un plus haut degré de conscience et à une bénéfique période de sérenité.

Article 5

Ce n’est pas par hasard que nous avons choisi le jour du printemps pour arrêter le temps. Il faut savoir que le soleil ne se lève pas toujours au même endroit dans le ciel lors de l’équinoxe du printemps. Du fait de l’inclinaison de l’axe terrestre et de sa lente oscillation cet axe effectue un cycle complet tous les 25.700 ans. Tous les 2.160 ans il passe dun signe du Zodiaque à un autre. C’était une chance à saisir.

Nous ne pouvons pas nous donner le luxe d’attendre une nouvelle fois 2.160 ans

dans des conditions où le temps impitoyable de la modernité nous pousse dans le dos et nous presse comme un citron.

Article 6

Ce passage à l’an 2.000 de toute façon il faut s’arranger pour le retarder. On s’agite sérieusement dans les conseils d’administration sur le probléme que pose les ordinateurs pour le passage à l’an 2.000 . Certains experts qui ont alerté en leur temps les gouvernements n’hésitent pas à proclamer que de toute façon aujourd’hui c’est déjà trop tard pour maîtriser le bug du siècle. On peut seulement s’efforcer de limiter les dégats. Les ordinateurs sont bêtes et disciplinés ils n’ont appris qu’à gérer les 0 et les 1. Vous imaginez la pagaille dans les rues, les comptabilités et les ascenceurs…On s’attend selon Nostradamus que les étoiles nous tombent sur la tête et c’est les grille-pains qui finalement vont mettre le feu au monde. Si vous voulez tout savoir sur les solutions, l’opinion des experts, les mesures gouvernementales, la position de IBM, Digital et tutti quanti, précipitez- vous sur http://www.it2000.com/ vous saurez tout sur le bug du siécle ! Celui qui va nous aider à arrêter le temps malgré nous.

Une situation juteuse pour les informaticiens qu’on va se disputer à grand prix sur le marché et qui ne seront jamais assez nombreux pour maîtriser le probléme et du pain sur la planche pour les juristes.

Pour notre part nous proposons une solution économique : sauter purement et simplement l’an 2.000 sur notre calendrier, et commémorer… l’arrêt du temps le jours du printemps !

Article 7

Le temps va s’arrêter et nous allons enfin pouvoir réfléchir à notre devenir.

Article 8

Connaissez-vous cette formule souvent entendu autour de nous : lutter contre le temps. Je lutte contre le temps. Une façon de s’exprimer qui montre bien notre effort constant pour tenter d’endiguer le flôt des mille tâches qui nous assaillent continument au quoditien, sans que nous n’arrivions jamais à remettre le compteur à zéro …

Article 9

Pour les 20 et 21 Mars, les deux jours de la &laqno; suspension du temps », n’oubliez pas de vous munir de vos passeports et d’une paire de bons souliers : on ne sait jamais…

Article 10

Et comme le dit Virgile: ( &laqno; fugit irreparabile tempus » ), si nous constatons que &laqno; le temps fuit irréparablement », nous serons alors le plombier d’occasion pour l’arrêter momentanément. Qu’on se le dise !  »

A lire aussi :

« Un présent définitif »

« Les chroniques terriennes du temps de l’internet » : Chronique I

« Les chroniques terriennes du temps de l’internet  » : Chronique II

« Les chroniques terriennes du temps de l’internet » : Chronique II

In Contributions on 22/05/2011 at 12:41

Suite des « chroniques terriennes du temps de l’internet » de Fred Forest

« Chronique II du temps qui va s’arrêter.

Article 1

Dans la vie moderne et les commodités diverses que nous procurent les technologies qui gagnent du terrain gagnons-nous du temps ? C’est moins que probable. Nous courrons constamment derrière lui, nous sommes pressés, stressés. Juste le temps de lacer nos souliers, d’avaler notre café instantané, de partir au turbin, qu’il faut déjà revenir pour se coucher. Il faut faire quelque chose urgemment. Nous avons décidé après mûre réflexion de prendre une mesure radicale : nous avons décidé de suspendre le temps le jour du printemps.

Article 2

Bien que les trains roulent plus vite, que le TGV gagne du temps sur le temps, que les salades ne soient plus à laver, que les assiettes soient à jeter, où passe donc le temps ? Que personne ne sorte. Le temps file à travers nos poches comme si elles étaient trouées, notre cervelle est une passoire par laquelle notre mémoire fout le camp. Il n’y a guère plus que les vaches pour regarder passer les trains quand les trains ne passent pas trop vite et quand il y a encore des vaches pour les regarder. Ainsi va la vie qui passe sans doute trop vite pour la plupart d’entre nous qui sommes trop occupé pour nous en rendre compte, sauf quand il est trop tard.

Article 3

Mais où passe donc le temps ? La question mérite d’être posée. Comme le temps c’est de l‘argent, nous passons le temps à donner notre temps pour gagner de l’argent pour pouvoir le dépenser. Résultat on est toujours  » en manque  » de temps. Comme il existe des tirelires pour mettre de côté de l’argent il devrait y avoir des tirelires pour engranger du temps. Cinq minutes par çi, prises sur le temps à bavarder pour ne rien dire, cinq minutes par là, prises sur une émission de télévision qui ne veut rien dire et il y en a tellement ! Sans compter du temps à attendre le printemps. Sans compter du temps à recycler, à récupérer sur une attente de bus ou du temps perdu inutilement dans une file d’attente au guichet de la poste. Des minutes précieuses à réutiliser après les avoir capitalisé pour ne pas rater un avion, un rendez-vous amoureux, ou pour prolonger sa vie à laquelle on ne pense jamais assez, sauf… au moment de la perdre.

Article 4

Attention, mettez vos montres à l’heure puisque le temps va s’arrêter le 20 Mars prochain à 12 heures, 00 minute, 00 seconde. Qu’on se le dise !

Article 5

Il y a le temps des cerises et celui des vaches maigres. L’un n’a rien à voir avec l’autre . Sinon que les vaches ne sont jamais rouges et que les cerises ont toujours une queue.

Article 6

Selon une formule consacrée : perdre son temps à ne rien faire consiste plus vulgairement dit à  » glander « . Le contraire, donc, c’est à dire ne pas perdre son temps, consiterait à en faire quelque chose. Bien que ça se discute, et à tout faire, il faut au moins utiliser ce temps intelligemment pour réfléchir au lieu de s’agiter continuellement pour rien.

Article 7

Nous sommes pris dans notre quotidien d’homme moderne dans un mouvement sans cesse accéléré, auquel contribue largement l’environnement technologique que nous avons mis en place. Le temps est devenu différent.

Pour les uns il est devenu du temps en  » miettes  » pour les autres, ( les machines), il se comptabilise et se traite en nano secondes. Quoi qu’il en soit nous sommes sous son emprise. Nous vivons la tyrannie du temps. Il est temps de s’en libérer !

Aricle 8

Camarades, le temps du toilettage s’impose. Le temps est désormais venu de ravaler la façade, de mettre au rancart le centralisme démocratique, de ranger dans les placards, avec un oreiller par dessus, le petit père de la Révolution, de dénoncer l’idéologie poussiereuse d’une époque révolue où le  » stakhanovisme  » imposait sa tyrannie de la production et ses cadences. De renvoyer de même Taylor et ses partisans aux calendes grecques. De prôner enfin contre la tyrannie du temps le droit à la paresse.

Article 9

C’est bien pour cela qu’en artiste naïf, ( comme le sont paraît-il les vrais artistes (?), nous avons décidé, une fois pour toute, de mettre fin le jour du printemps à cette spirale infernale d’un temps vécu qui nous est devenu insupportable et aliénant. Arrêtons- nous enfin pour vivre et surtout pour savoir en cette période de passage à l’an 2000 ce que nous voulons faire de ce nouveau millénaire, et surtout comment nous voulons le pratiquer et le vivre ? Vous allez voir : de la commémoration on va en manger tous les jours et à toutes les sauces ! On a mobilisé pour ça les énarques de Centre Georges Pompidou et leurs employés de service ( pour qu’ils ne restent pas à se tourner les pouces d’une façon trop voyante pendant les travaux de de la raffinerie…) et qui n’ont pas manqué déjà d’alerter, comme d’habitude préférentiellement, les artistes américains, et les toujours mêmes  » vedettes  » du marché de l’art, qu’il y aurait des budgets à dépenser à gogo. Et surtout de bonnes affaires à faire, pour leur agent commercial et leurs galeries. Qu’on se le dise !

Article 10

Manger du temps comme on mange son pain blanc . Connaissiez-vous cette formule ? Les mangeurs de temps existent bien : je les ai vu !

Ils ne font pas dans le détail eux non plus. Ils s’en mettent plein la gueule. Ils débarquent chez vous à l’improviste quand vous avez quelque chose sur le feu ou vous harcèle au téléphone jusqu’à minuit pour vous raconter la maladie de leur petit chien. Cela quand vous avez un rapport de cinquante pages à remettre le lendemain matin et qu’il est à peine commencé. On les appelle aussi les chronophages à ne pas confondre avec les chronopathes Ils appartiennent à des tribus organisées qui exercent leurs ravages sans distinction de classe avec un appétit sans défaillance.»

A lire aussi :

« Un présent définitif »

« Les chroniques terriennes du temps de l’internet » : Chronique I

« Les Chroniques terriennes du temps de l’internet » : Chronique I

In Contributions on 15/05/2011 at 19:32

Comme promis dans l’article « Un présent définitif »,  voici la première  des cinq « chroniques terrienne du temps de l’internet »  de Fred Forest :

« Chronique I du temps qui va s’arrêter.

Article 1

Certes, j’en conviens, décider d’arrêter le temps, du jour au lendemain, n’est pas une décision commune. Elle pourrait même paraître quelque peu présomptueuse pour nous tous qui connaissons tant de mal à maîtriser nos emplois du temps, nos calendriers, nos rendez-vous quotidiens… Toujours à la bourre, nous courrons derrière le temps, sans jamais réussir à le ratrapper. Il fallait faire quelque chose. Je me suis donc dévoué.

Article 2

L’idée incongrue m’en est venue un jour qu’en vacances je ramais sur le lac du Bourget. Le calme environnant. La surface plate et sans rides de l’élément liquide. C’en était fait. Mes lèvres ce sont entre-ouvertes et j’ai entendu comme si c’était quelqu’un d’autre qui le murmurait à mes oreilles :  « Oh temps suspens ton vol et vous heures propices suspendez votre cours « . Reçu 5/5 , j’avais compris que le message m’était personnellement adressé. Sans plus attendre il fallait maintenant me mettre au travail sans plus tarder

Article 3

Le premier travail fût de commencer par réfléchir. Une foule d’idées se pressèrent à mon esprit. Comment s’y prendre de la meilleure façon pour arrêter le temps ?

Quels outils utiliser ? Où trouver des ouvriers qualifiés ? Par qui faire financer le projet ? De quel côté trouver des appuis gouvernementaux ? Fallait-il aller plutôt les chercher du côté des syndicats partisans de la réduction du temps de travail ? A moins que ce ne soit auprès du consortium en horlogerie suisse qui aurait bien un coucou empaillé à nous prêter dont on pourrait tordre le cou ? ( Sans avoir aussitôt aux trousses les égéries de la SPA, à ne pas confondre avec celles de la SDN…) Autant de questions immédiatement surgissaient sur lesquelles nous n’avions aucune opinion définitivement arrêtée.

Article 4

La première de nos constatations fût de reconnaître humblement que nous n’avions personnellement aucune qualification, ni expérience, pour entreprendre un tel travail.

Je pouvais toujours essayer, sans pouvoir toutefois jamais être garant du résultat…

J’avais des idées comment faire pour arrêter le temps . Mais dans la pratique empirique qui est la mienne le temps peut s’arrêter certes, mais il peut tout aussi bien seulement ralentir, ou au contraire s’accélerer…Il peut aussi continuer simplement à poursuivre son bonhomme de chemin, comme il le fait depuis la nuit des temps.

Article 5

C’est toujours un risque à prendre de décider de faire quelque chose qui sort de l’ordinaire. Nous avons tous éprouvé ce dilemme un jour ou l’autre dans la conduite de notre vie personnelle Et sur ce point ce n’est pas, même, le Président de la République en exercice qui pourra nous contredire. Et puis arrêter le temps (ou plutôt le suspendre…) implique une responsabilité morale que nul ne saurait ignorer. Les conséquences peuvent en effet en être multiples, autant qu’imprévisibles.

Article 6

S’il est vrai que je ne suis pas  » un arrêteur de temps  » professionnel agréé par la chambre des métiers mais un expérimentateur occasionnel, je n’en reste pas moins un homme de bonne volonté qui a compris qu’il était urgent pour le bien de l’humanité dans la conjoncture actuelle, telle qu’elle se présente à l’heure de la modernité, d’arrêter le temps. Nous allons donc procéder à cette mesure pour une date que nous avons programmée, le jour du printemps, de 12 heures à 12 heures, entre les 20 et 21 mars 1998. Et cet événement tout à fait exceptionnel donnera lieu dans les rues de Paris et ailleurs sur la planète à des manifestations tout aussi exceptionnelles Nous en avons assez de courrir comme des dératés, toujours pressés par le temps, sans savoir où nos pas nous mènent. Avant d’entrer de plain-pied dans le troisième millènaire il faut s’arrêter et réfléchir ensemble sur le monde que nous voulons demain, pour nous-mêmes et nos enfants.

Article 7

Dans l’attente de ce jour fatidique où le temps va s’arrêter, le jour du printemps. C’est mieux que le temps s’arrête un jour comme çà où la nature retient sa respiration. avant de donner. De semaine en semaine, nous allons passer ici en revue tout ce à quoi il faut penser en prévision d’un tel événement. Un événement qui à notre connaisance, n’est encore jamais arrivé dans toute l’histoire de l’humanité.

Article 8

Nous allons essayer de tout prévoir de ce qui peut arriver pour ne pas nous laisser surprendre. A savoir :

Si le temps seulement ralentit.

S’il s’accélère.

S’il s’arrête définitivement, et qu’on arrive plus à le relancer, malgré la mise en oeuvre des moyens prévus par les procédures du plan d’urgence relatives aux catastrophes nationales. Procédures à la décision des préfets de chaque département.

– Si le temps se met à bégayer victime de ratés et de hoquets comme un nouveau-né.

– Si le temps n’obéissant pas à nos injonctions et au dispositif informatique sophistiqué que nous mettrons en oeuvre avec nos sponsors continue, aujourd’hui comme hier, à se dérouler selon ses rythmes habituels, sans une seule seconde de décalage.

– Si il s’arrête, justement, seulement une seconde, comment on va-t-on faire pour la récupérer cette seconde et la réintoduire dans notre vie personnelle d’une façon positive, et si possible sans que personne ne s’en rende compte et n’y trouve rien à redire.

-En temps utile nous vous donnerons dans cette chronique régulière les précautions à prendre en vue de cette  » suspension  » du temps, les mesures de sécurité à prendre, les vêtements à choisir de préférence, les livres à lire, les restaurants à éviter, les prières à réciter.

Article 9

( En cours d’élaboration le temps que les idées nous viennent)

Article 10

 » Rien ne sert de courir il faut partir à temps. « »

« Un présent définitif »

In Contributions on 30/04/2011 at 14:47

Pour Repensons le Présent l’artiste Fred Forest a décidé de réveiller un vieux désir : celui d’arrêter le temps. Il l’a effectivement arrêté en 1998, et pas pendant une seconde ou une minute, mais pendant une heure ! Et pourquoi arrêter le temps me direz-vous ? Pour goûter à l’éternité ? Pour nager dans l’infini ? Pour ne plus avoir peur ? Non, pour réfléchir. Et oui, cet élan artistique porté par un dispositif mondial, nous a permis de nous exprimer et de réfléchir ensemble au devenir de notre société, à nos attentes pour le nouveau millénaire qui arrivait, et à cette société d’information et de communication tant idéalisée à l’époque.

C’est au nom de cette réflexion décalée sonnant comme un acte militant pour un « présent définitif « , que nous publierons les cinq Chroniques terriennes de Fred Forest sur lesquelles nous portons un regard rétrospectif…Il y a 13 ans, j’ai voulu arrêter le temps….

L’ARRETEUR DE TEMPS

Pionnier de l’art vidéo, de l’art des médias et des réseaux, Fred Forest, né en 1933, initie dans les années 70 le concept d’art sociologique, puis dans les années 80 celui d’esthétique de la communication. L’ensemble des dispositifs ou des méthodes d’intervention sur le social constitue son terrain de recherches. La dimension éthique et esthétique se rejoignent pour placer l’humain au cœur de sa démarche notamment par l’implication de divers publics dans ses actions. Sa pratique est celle d’actions interférant dans les systèmes de communication. La question de la mémoire est omniprésente. (Source, le Centre d’art le LAIT)

EN COURS

Fred Forest prépare actuellement une action en collaboration avec le LAIT (Laboratoire Artistique International du Tarn), « Flux et reflux : la caverne d’internet ». Pour cela, nous dit le LAIT,  il élabore un gigantesque réseau mondial, dont les participants virtuels et réels donnent forme à l’exposition, connexion par connexion. L’artiste a pensé son projet comme un scénario dont les acteurs participants réalisent le film en le renouvelant constamment. Cette création collective est une métaphore d’une dynamique démocratique. Un cheminement à l’image d’une plongée initiatique dans le ventre d’une société caractérisée par l’information. L’exposition aura lieu du vendredi 1er juillet 2011 au dimanche 30 octobre 2011.

Pour retrouver toutes ses créations : http://www.fredforest.org/

Et pour une visite du musée interactif, Web net museum dont il est le fondateur: http://www.webnetmuseum.org/

L’objectivité du présent

In Contributions on 22/04/2011 at 09:54

Loin des pensées classiques et dominantes en Europe sur le présent, le philosophe Francis Wolff défend la thèse selon laquelle le présent serait un concept objectif. Sans pour autant se définir comme présentiste, il use d’arguments sémantiques et logiques pour s’éloigner à la fois des approches relativistes du temps, et de celles qui subordonnent le présent à la conscience.

Il sera possible de retrouver l’ensemble de ses arguments sur le présent dans un numéro spécial de la Revue de Métaphysique et de Morale qu’il dirige actuellement.

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Repensons le présent – Entretien avec Francis Wolff de Céline Ruffin-Bayardin est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 Unported.

« Restauration Totale »

In Contributions on 09/04/2011 at 14:50

La première contribution au projet « Repensons le présent » nous vient des artistes Louise Hervé et Chloé Maillet. Elles nous offrent un extrait de leur émission,  Restauration Totale, qui sera diffusée le dimanche 10 avril à 23h à L’ Atelier de Création radiophonique de France Culture.

ELLES

Nées en 1981, Louise Hervé et Chloé Maillet travaillent ensemble à Paris depuis 2000. À travers l’I.I.I.I ( International Institute for Important Items ), association créée en 2001, elles produisent des performances didactiques, des films de genre (et tout spécialement de science-fiction) et des installations.

Restauration totale a été conçue dans le cadre de l’exposition collective Eldoradio, qui a lieu du 6 avril au 21 mai à Bétonsalon, centre d’art et de recherche à Paris.

L’ÉMISSION

Dans un futur indéterminé, les difficultés inhérentes à la conservation d’émissions de radio stockées sur des supports obsolètes ont conduit à l’élaboration d’une méthode radicale de restauration : Restauration totale. Les archives sonores sont réenregistrées à l’identique par des voix synthétiques maladroites, toujours les mêmes, qui tentent d’en reproduire les moindres détails. Un réalisateur, Francis Neville, et un ingénieur du son, Daniel Verney, isolés dans un studio de radio improvisé, enregistrent des émissions didactiques. Ils survivent, mais la captation continue d’archives réenregistrées absorbe la substance même de leur existence.

L’EXTRAIT

Séquence 4 –STUDIO RADIO

Jingle.

FRANCIS NEVILLE

Bonjour, ici Francis Neville, pour le deuxième volet de notre émission consacrée à Restauration totale. Daniel Verney nous accompagnera tout au long de cette séance.

DANIEL VERNEY

Bonjour.

FRANCIS NEVILLE

Il faut que je vous parle du dispositif le plus révolutionnaire qui ait été élaboré ces dernières années dans nos studios : MONA. C’est MONA qui prend en charge l’ensemble du programme de Restauration totale, depuis l’inventaire et le diagnostic des archives, jusqu’à la création des nouveaux fichiers imités. MONA a la spécificité d’être à la fois artisanale, et complètement transparente sur la véracité des archives restaurées.

DANIEL VERNEY

Cette question de la transparence est importante. Pardon de t’interrompre Francis, mais cela soulève des enjeux historiques essentiels, sur lesquels il convient peut-être de revenir.

MONA procède à des restaurations par imitation. Parce que restaurer, c’est reconstituer, mais reconstituer en laissant apparentes les lacunes induites par la dégradation des supports, et on sait combien elle est importante.

Et je crois que c’est justement cela qui fait défaut, à un niveau ou à un autre, aux programmes de restauration actuels. C’est très grave.

Pause.

Il reprend avec un ton sentencieux.

Comme le disait John Ruskin, le fameux historien et théoricien de l’art du XIXème siècle, dans les Sept lampes de l’architecture : « It is impossible as impossible as to raise the dead to restore anything that has ever been great or beautiful », « Il est impossible, comme il est impossible de réveiller les morts, de restaurer ce qui a autrefois été grand, ou beau ».

Pause

Et nous ne voulons pas d’une restauration de morts-vivants.

Pause.

Daniel Verney commence à chanter d’une voix sombre.

DANIEL VERNEY, chanté

In the western sky
My kingdom come

So still so dark all over Europe
And I ride down the highway 101
By the side of the ocean headed for sunset
For the kingdom come
for the

Black
Black planet
Black
Black world

Run around in the radiation
Run around in the acid rain
On a
Black
Black planet
Black planet hanging over the highway
Out of my mind’s eye
Out of the memory
Black world out of my mind

So still so dark all over Europe
And the rainbow rises here
In the western sky
The kill to show for
At the end of the great white pier
I see a

Black
Black planet
Black
Black world

Brouillage. Voix indistinctes. Bip.

FRANCIS NEVILLE

Non, bien sûr. MONA, c’est d’ailleurs l’archive vivante, à proprement parler….

Pause.

Pour l’expliquer simplement à nos auditeurs, on peut dire que MONA rejoue en vrai le passé, tout en lui gardant une qualité un peu brute, un peu artisanale. Je simplifie, le procédé est très complexe.

Pause.

Ce processus nécessite une équipe humaine assez réduite, qui est surtout là pour vérifier que tout se passe bien. Mais comme tout se passe toujours très bien, il y a besoin de peu de monde, et il y en aura peut-être de moins en moins besoin. Mais en un sens, comme il y a de toute façon moins de monde en général, l’inconvénient est assez négligeable.

DANIEL verney

Je suis d’accord avec toi Francis. Cependant, je me demande si MONA, en produisant des moments vrais dans le passé, n’est pas en train de présentifier démesurément l’archive. Et dans le même mouvement, ceci aboutirait à une obsolescence du présent. En même temps tu sais combien j’ai œuvré à l’élaboration de MONA, et je suis fier de ce qu’elle accomplit. Je me demande juste si certains défauts propres aux systèmes de restauration ne pourraient pas avoir des conséquences dans l’avenir.

FRANCIS NEVILLE

Oui, Daniel, mais je crois qu’il vaut mieux aborder le sujet des problèmes d’allergies dans la prochaine émission.

Jingle.